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[http://fr.wikipedia.org/wiki/Toussaint_Louverture]
[http://fr.wikipedia.org/wiki/Victor_Schoelcher]
[http://www.comite-memoire-esclavage.fr/spip.php?article305&lang=fr]
[http://wodka.over-blog.com/article-16169019.html]
[http://www.diverscites.eu/]
[http://fr.wikipedia.org/wiki/Denis_Tillinac]
[http://www.comite-memoire-esclavage.fr/]
[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7oise_Verg%C3%A8s]
[http://fr.wikipedia.org/wiki/Christiane_Taubira]
[http://martinique.rfo.fr/infos/actualites/histoire-la-martinique-commemore-le-22-mai_4145.html]
[http://www.parolesdesclavage.com/sitefr/?p=46]
[http://www.vodeo.tv/5-30-3743-victor-schoelcher-un-homme-contre-l-esclavage.html]
[http://www.raphia.fr/films/passage.html]
[http://www.tropiquesamers.com]
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Passé négrier de Bordeaux : retour sur une « omission »
« A la fin du XVII° siècle, de ce lieu est sorti le premier navire armé du port de Bordeaux pour la traite des Noirs. Plusieurs centaines d’expéditions s’en suivirent jusqu’au XIX° siècle. La ville de Bordeaux honore la mémoire des esclaves déportés aux Amériques au mépris de toute humanité ».

Voici désormais, ce qu’on peut lire sur la plaque commémorative scellée quai des Chartrons le 10 mai 2006.

Bordeaux a (enfin) ouvert une page de son histoire et levé un voile sur un événement peu glorieux de son passé.

Notons que le buste de Toussaint Louverture est là tout près et à la fois très loin de notre regard (dans square du quartier de La Bastide, de l’autre côté du Pont de Pierre) pour nous rappeler discrètement le déni de Bordeaux face à son passé négrier.

Victor Schoelcher, une des figures emblématiques de l’abolition de l’esclavage (qui fut progressive de 1833 à 1844) fût opposé, un temps, à une abolition immédiate.
Certains de ses propos tels que le fait qu’il serait dangereux de rendre instantanément la liberté aux Noirs parce que ceux-ci ne sont pas préparés à la recevoir ou encore qu’il serait souhaitable que la peine du fouet, sans laquelle les maîtres ne pourraient plus travailler dans les plantations, soit maintenue, en témoignent.
C'est à la suite d’un nouveau voyage aux Antilles, qu'il s’est rendu compte de son erreur et que l’abolition était irrémédiable.

Le Musée d’Aquitaine a mis à disposition des salles pour suivre le parcours du commerce négrier de la ville depuis sa création jusqu’à son abolition.

Des documents nous ont particulièrement touchés et choqués, tel que le souci de rentabilité poussé à l’extrême : un Noir représente en moyenne six mille livres pesant de sucre brut et prend plus de place que cette denrée dans le navire.
C’est ainsi que c’était pensé...

L’exposition de 750m² est répartie sur quatre salles. Son objectif est d’expliquer le rôle de Bordeaux dans le commerce atlantique et l’esclavage. Le fond Marcel Chatillon légué au musée en 1999, se compose de 600 gravures et peintures montrant la vie aux Antilles du XVIIe au XVIIIe siècle. Malgré la présence d’illustrations abolitionnistes, les œuvres donnent une certaine image idyllique de ce monde, qui met le visiteur mal à l’aise.
Les relations de la ville avec les Antilles tournent autour de deux axes :

Le commerce en droiture
Les produits proviennent de la région (farine, vins...) et sont échangés contre des denrées produites par des esclaves. Les navires se rendent directement aux Antilles « en droiture ».

Le commerce triangulaire
Il passe par l’Afrique où des esclaves sont achetés, puis fait étape aux Antilles où ils sont revendus ou échangés contre des denrées avant de revenir en Europe.

Comme tous les ports européens, Bordeaux a pratiqué la traite négrière. Avec près de 500 expéditions de traite organisées entre 1672 et 1837, Bordeaux représente 12 % de la traite française comme La Rochelle et Le Havre, loin derrière Nantes (1700 expéditions). Environ 180 armateurs bordelais sont à l’origine de ces expéditions qui ont déporté entre 120 000 et 150 000 Noirs. La traite bordelaise s’est surtout intensifiée à partir des années 1780, après la guerre d’Indépendance américaine, car la diminution des profits du commerce colonial en droiture et la concurrence des farines américaines conduisent les armateurs bordelais à rechercher des placements plus rentables. En raison de la concurrence des négriers étrangers sur les côtes occidentales de l’Afrique, l’approvisionnement en captifs s’élargit aux côtes de l’océan Indien. (Source : exposition permanente Musée d’Aquitaine)
Lieu de mémoire

La première salle présente le patrimoine architectural de la ville et montre comment Bordeaux se développe au XVIIIe siècle. La ville connaît une forte poussée démographique à cette époque en grande partie, à cause du dynamisme de son commerce maritime.

La seconde salle, Bordeaux Porte Océane, montre comment la ville est devenue l’un des premiers ports européens grâce au commerce atlantique mais aussi à celui du vin vers l’Europe du Nord notamment.

La troisième salle représente L’Eldorado des Aquitains qui restitue sous formes de maquettes la vie dans les « îles à sucre », c'est-à-dire les Antilles françaises mais surtout Saint-Domingue où les plantations sont tenues par des planteurs originaires de Bordeaux et de l’Aquitaine.
Ceux-ci employaient chacun environ 300 à 400 esclaves.
La production des Antilles est composée de sucre, de tabac, de café, d’indigo...
Les archives de La Licorne, navire négrier de l’époque, décrivent avec précision le processus de la traite de Bordeaux vers l’Océan Indien. Dans son carnet de bord, le capitaine relate, la révolte des esclaves sur le bateau, l’arrivée dans les îles, la vente et le retour en Europe.

Huit vidéos sont à la disposition des visiteurs dont une qui met en scène une esclave accusée d’infanticide. Elle a ôté la vie à soixante-dix enfants noirs pour leur éviter l’esclavage.

La dernière salle est consacrée aux Héritages. Elle montre l’apparition du métissage dès le début de la colonisation.
En la quasi absence de femmes européennes, les planteurs prenaient pour compagnes des esclaves noires ou indiennes. Le statut des enfants différaient suivant la légitimité ou non des mariages. Dans le cas d’un mariage légitime, l’enfant prend le statut du père et devient libre. Dans le cas contraire, il devient esclave comme sa mère.
Le grand mur de la diversité a été réalisé par deux photographes bordelais, Loïc Le Louët et Philippe Caumes. Il représente les personnes issues de la diversité à Bordeaux et dans sa région. Des films montrant l’apport universel  des héritages créoles dans la musique et la littérature, sont également projetés.

Par définition, les esclaves ne possédaient rien et il est donc ardu pour un musée de retracer leur histoire à partir de traces matérielles.
Du commerce à la liberté

Tout le monde participa au trafic, d’une façon ou d’une autre. Grandes familles, petits bourgeois, artisans de toutes sortes, en raison des très larges bénéfices que ce commerce rapportait. Mais les grandes familles affirment s’enrichir via le commerce de la canne à sucre, du cacao, du café, du thé, des épices, et non des Noirs. Des produits cultivés grâce... aux esclaves.
L’apogée de la traite à Bordeaux se situe vers 1786.

L’activité commerciale avec les colonies, et particulièrement Saint-Domingue, génère à Bordeaux des fortunes considérables. Les capitaux sont fortement concentrés au sein de quelques familles, souvent liées entre elles par des mariages ou des relations d’affaires.
Reconnaissance tardive du passé

Pendant longtemps, Bordeaux a minimisé sa participation à la traite des Noirs
Le premier à évoquer cette « amnésie » fut l’historien Eric Saugera, auteur du livre « Bordeaux, port négrier ». Pour lui, « Bordeaux, c’est la ville des Lumières par excellence et parler de la traite, revient à écorner un mythe »

Si aujourd’hui, la ville semble sur la bonne voie, le processus fut semé d’embûches, complexe et se réalisa dans une certaine cacophonie.

Depuis 1998, l’association DiversCités et son président Karfa Diallo militent pour un projet de mémorial de l’esclavage à Bordeaux. Elle dénonce notamment l’immobilisme politique de la municipalité de l’époque dirigée alors par Hughes Martin.

Les journées de commémoration de l’abolition de l’esclavage vont donner lieu pendant plusieurs années à des cérémonies parallèles, l’une organisée par la mairie, l’autre par DiversCités.
En 2005, Hughes Martin, met en place un comité de réflexion que préside l’écrivain Denis Tillinac.
L’objectif est d’inscrire en actes la conscience citoyenne bordelaise de la traite des Noirs.
Ce comité se compose de différents représentants des courants religieux, d’associations et d’acteurs institutionnels.
Commémoration du 10 mai 

Le Comité pour la mémoire de l’esclavage, par la voix de sa présidente, Françoise Vergès, a proposé au gouvernement la date du 10 mai pour les raisons suivantes :

Il fallait trouver une date qui ne soit pas directement liée à un territoire ou à un évènement historique afin d’aller vers une mémoire et une histoire partagée.
La traite ayant duré près de quatre siècles, il n’était pas possible de choisir une date qui puisse résumer cette complexité et cette multi territorialité.
Sur une proposition de loi de la députée de Guyane, Christine Taubira la date citoyenne du 10 mai utilisant la notion « crime contre l’humanité », est votée à l’unanimité au Sénat . Les territoires ayant connu l’esclavage et qui font toujours partie de la République (Guadeloupe le 27 mai – Martinique le 22 mai – Guyane le 10 août – La Réunion le 20 décembre) ont chacun leur date de commémoration.

En 1983, un décret a reconnu chacune de ces dates comme jour férié.
La traite et l’esclavage existaient déjà en Afrique mais l’événement marquant est sa mondialisation, sa racialisation et le fait qu’il entraine un large mouvement abolitionniste.
Les quelques rares films, téléfilms et documentaires français relatant l’esclavage

La montagne est verte, de Jean Lahériney (1950)
Victor Schoelcher, un homme contre l’esclavage, téléfilm de Antoine Lassaigne (1998)
Passage du milieu, film de Guy Deslauriers (1999)
Tropiques amers, série TV de Jean-Claude Barny (2007)

Il nous reste à souhaiter à la vue de cette belle exposition, que certains grands noms du cinéma français penseront, à leur tour, à traiter ce sujet afin qu’il touche le grand public pour qu’il trouve sa place dans notre mémoire collective.


Anne, Bruno, Didier, Martine, Valérie
Dans le monde

Le Portugal et l’Espagne n’ont pas fait grand-chose dans le domaine culturel.

Au Royaume-Uni, les villes négrières – Liverpool, Bristol, Londres – ont eu, plus tôt qu’en France, des musées qui ont consacré des galeries à ces thèmes.

Aux Etats-Unis, en juillet 2008, la Chambre des représentants avait présenté ses excuses formelles,  au nom du gouvernement fédéral pour « l’injustice fondamentale, la cruauté, la brutalité et l’inhumanité » de l’esclavage et de la ségrégation raciale des Noirs. Il s’agissait du premier repentir officiel.
Puis, en 2009, le Sénat a formellement présenté des excuses au nom du peuple américain pour « l’esclavage et la ségrégation raciale » envers les Noirs américains.
Pour mémoire, l’abolition officielle de l’esclavage aux Etats-Unis a été décrétée le 18 décembre 1865.

Au Brésil, le 13 mai 1888, la Lei Aurea (ou loi d'Or) décrète l'abolition. C'est le dernier Etat occidental à rompre avec l'esclavage. En Chine, l'esclavage est officiellement aboli en 1909.

Musée d’Aquitaine :

20 cours Pasteur - 33000 - Bordeaux

05 56 01 51 00 / musaq@mairie-bordeaux.fr / www.bordeaux.fr
Ouvert tous les jours sauf lundi et jours fériés de 11h à 18h

Entrée libre aux collections permanentes

Pour le conservateur en chef du musée, l’exposition s’en tient strictement à la vérité historique. Chaque fait et chiffre a été vérifié par des historiens et les documents sur lesquels s’appuie l’exposition peuvent être consultés. Le dessein avoué de l’exposition n’est pas de donner dans la repentance mais dans la connaissance et la conscience.
Toujours selon lui, avec le classement de Bordeaux au patrimoine mondial de l’UNESCO (une grande partie du public appartenant à la classe moyenne cultivée), les touristes du monde entier, susceptibles de connaître les musées des Etats-Unis, des Pays-Bas ou de Liverpool consacrés à l’esclavage, visiteront l’exposition.

Le Musée d’Aquitaine devient ainsi l’un des premiers musées à évoquer cette histoire après Nantes et Liverpool.
En 1751, les quatre premiers négociants regroupent à eux seuls plus du tiers de ces fortunes. En 1777, les 314 raffineurs de la ville et plus de 450 négociants, marchands et commissionnaires, catholiques ou protestants, juifs portugais ou membres de maisons étrangères du nord de l’Europe reflètent le cosmopolitisme de ce milieu fortement endogame sur le plan religieux et social, mais capable de s’allier aux autres élites urbaines. La splendeur de leurs hôtels particuliers, leur mode de vie luxueux et l’importance de leurs investissements fonciers, immobiliers et viticoles partout visibles témoignent de leur opulence. (Source : exposition permanente Musée d’Aquitaine)

Lors de la révolte de Saint-Domingue (1805), les colons rentrent à Bordeaux avec une partie de leurs esclaves.

Au moins 4000 Noirs et gens de couleur viennent à Bordeaux au XVIII° siècle. Il s’agit pour l’essentiel de domestiques suivant leur maître, d’esclaves envoyés apprendre un métier, et d’enfants métis venus parfaire leur formation. Il y a peu de problèmes de cohabitation en dépit d’une forte discrimination. Dans le dernier quart du siècle, les autorités veulent limiter cet afflux en organisant des recensements obligatoires, une police particulière et un « dépôt » des Noirs. Mais ces mesures ont peu d’effet, avec une vingtaine d’emprisonnements connus. En 1777, trois-cents personnes de couleur sont recensées dans la Généralité. Les deux tiers sont des esclaves bien que « la France ne puisse admettre une servitude sur son sol ». En 1776 deux Noirs esclaves gagnent un procès contre leur maître obligé de leur rendre la liberté. Ces velléités sont cependant combattues jusqu’à la Révolution. (Source : exposition permanente Musée d’Aquitaine)

A la veille de la Révolution, Bordeaux, premier port colonial, accapare près de la moitié du commerce français en envoyant vers les îles d’Amérique deux fois plus de navires que Nantes ou Marseille. Bénéficiant du régime de « l’Exclusif » qui interdit aux colonies tout commerce avec les pays étrangers, Bordeaux transporte « en droiture » vers les Antilles des passagers et des produits aquitains qui sont échangés contre les denrées coloniales qu’il redistribue dans toute l’Europe. Les besoins antillais en esclaves conduisent les armateurs bordelais à développer le commerce triangulaire de la traite des Noirs qui représente moins de 5% des expéditions coloniales de la ville en moyenne au XVIIIe siècle. Bordeaux doit sa richesse au commerce de denrées produites par des esclaves plus qu’à la traite elle-même. (Source : exposition permanente Musée d’Aquitaine)
Eric Saugera en démissionne assez vite car, pour lui, il ne rassemble aucune personne compétente sur le plan historique et scientifique. En fait, l’écrivain s’insurge contre la politisation de la démarche historique.

En mai 2006, le comité remet un rapport sur la mémoire de la traite des Noirs. Il préconise la création d’un lieu de mémoire permanent.

Cet été 2009, à l'occasion du 23 août, Journée Internationale du souvenir de la traite des noirs, DiversCités a lancé une campagne nationale par une lettre au chef de l'Etat, aux maires des ex-ports négriers, aux élu(e)s, et par une pétition ouverte aux citoyens, afin de faire débaptiser les noms des rues données aux armateurs négriers ou y adjoindre une plaque explicative.

A Bordeaux, on peut citer quelques rues sur la trentaine honorant ces armateurs : rue Pierre Baour, cours Balguerie-Stuttenberg, rue Saige, rue David Gradis, place Lainé, etc.
Les effets de la Journée nationale de commémoration
Certaines choses ont avancé dans l’éducation mais il reste beaucoup à faire dans la recherche comme la création d’un laboratoire de recherche au CNRS, publications d’ouvrages, multiplication de thèses...

Recommandation du Comité pour la mémoire de l’esclavage 
Poursuivre dans les domaines de l’éducation et de la recherche ainsi que dans celui de la culture.
Une exposition sur la façon dont les artistes français se sont représentés la traite, l’esclavage, les abolitions, du XVIe au XXe siècle.

La traite dans l’Océan Indien 
La traite transcontinentale existait avant l’arrivée des Européens mais l’esclavage colonial change la donne du fait de sa mondialisation.

L’île Maurice est revenue depuis quelques années sur cette histoire et a réussi à faire classer la montagne du Morne (suicide des esclaves plutôt que de se rendre) Patrimoine Mondial de l’Humanité.

A La Réunion, le mouvement de réappropriation de l’histoire s’est engagé dans les années soixante-dix. Le 20 décembre 1848 est la date de l’abolition de l’esclavage mais le 10 mai y est observé.

A Mayotte, il y a encore peu de choses.

Il est à signaler que la date de commémoration du 10 mai n’est toujours pas inscrite dans le calendrier.
Le 17 décembre 2007, l'Assemblée Générale des Nations Unies a proclamé qu'à partir de 2008, le 25 mars serait, chaque année, la Journée internationale de célébration du bicentenaire de l'abolition de la traite transatlantique des esclaves.

En France, sur décision de Nicolas Sarkozy, la traite des Noirs ainsi que l'abolition sont enseignés en primaire, depuis la rentrée 2008.
Plaque commémorative du 10 mai 2006
Balance (A. Fournel, maître balancier bordelais - 1760 )
Fétiche Fon (Bénin fin XIX ème - début XXème)
Scène de traite (Bois sculpté)
Portrait de M.- J. Grellier en compagnie de sa nourrice
Marché aux esclaves (Zanzibar fin XIX ème)
Marché aux esclaves (Femmes fin XIX ème)