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Une visite chez Marie Brizard
Le 8 octobre 2008, nous étions conviés, gracieusement, à visiter la célèbre société Marie Brizard & Roger International. A notre arrivée, nous sommes accueillis par le chef d’équipe, Eric Durand, qui fera office de guide.

Nous commençons par gravir trois étages avant d’accéder sur le toit du bâtiment afin d’admirer la superbe vue d’ensemble de Bordeaux. Ensuite, nous nous sommes rendus au premier étage devant une petite reproduction du port de Bordeaux tel qu’il était au 18ème siècle. Çà et là, pêle-mêle, se trouvent des sacs de jute contenant les diverses épices qui composent les célèbres liqueurs (cacao - cannelle - iris - anis vert - fenouil - aneth - angélique). Tous ces  végétaux macèrent dans l’alcool, c’est ce qu’on appelle, l’alcoolat.

Puis, nous nous dirigeons vers la salle de réunion où trône un portrait de Marie Brizard (décédée à l’âge canonique, pour l’époque, de 80 ans). Notre guide improvisé nous fait un petit historique de la société. Elle a été fondée en 1755 par Marie Brizard et son neveu Jean-Baptiste Roger. La légende veut que le secret de l’anisette - de l’anis et 11 aromates différents - aurait été recueilli auprès d’un marin antillais qu’elle soignait.

Au commencement, la société était située rue du Pont de la Mousque et ce n’est qu’en 1867 qu’elle s’installa au 130, rue Fondaudège. La maison où Marie Brizard a commencé son anisette existe toujours et pourrait bien abriter le futur musée de la société… dès lors que le problème de son acquisition auprès de la mairie de Bordeaux serait réglé !

Au milieu du dix-neuvième siècle, on recense quelque trente-deux fabricants d’anisette et de liqueurs en Gironde. La concurrence est rude ! Autre adversaire : « l’hygiénisme », mouvement médical et civique anti-alcoolique qui se développe à la fin du dix-neuvième siècle, inquiet de « l’abâtardissement de la race ». Les dirigeants de Marie Brizard participent alors aux campagnes de défense des alcools en 1900-1902.

Tout en nous faisant sentir quelques vieux flacons exposés dans une vitrine afin que nous devinions leur composition, nous apprenons aussi que la maison Marie Brizard & Roger International appartient au groupe français Belvédère au même titre que Williams Pitters et Berger. Pulco, autre marque du groupe, a été racheté en juin 2008 par Orangina. Moins plaisant, surtout pour le personnel, une délocalisation est en cours en région parisienne  à Ivry (Val-de-Marne) et le site industriel déménagera dans 18 à 24 mois.

Nous redescendons au rez-de-chaussée et enfilons blouses et charlottes, stricte hygiène oblige, afin de visiter la partie industrielle. Celle-ci est certifiée aux normes ISO 9001, la norme qualité étant ici très rigoureuse. Chaque salarié est impliqué dans la « démarche qualité ».

Nous pénétrons, ensuite, dans la salle du bouilleur de cru, surplombée d’une très haute verrière, où se trouvent 4 alambics qui ne fonctionnent que cinq fois par an. Une chance pour nous : aujourd’hui, ils sont en service et son responsable se fait un plaisir de nous renseigner. Les esprits y sortent à 80°, la chaleur y est étouffante car tout courant d’air serait préjudiciable à la qualité du produit. L’essentiel de la distillation des graines est fait en Espagne. Thé, clou de girofle, écorce d’orange amère, fenouil, bulbe d’iris font partie de la composition. L’origine première des alambics viendrait de Chine et de Perse. L’étape industrielle pour finir la composition d’une liqueur, se combine d’une grosse cuve avec un doseur réglé par informatique. On laisse la liqueur reposer avant la filtration. Les contrôles sont faits sur plusieurs paramètres jusqu’à l’embouteillage, selon un cahier des charges bien précis.

Nous passons à la zone de contrôle, endroit stratégique, où se trouve la partie embouteillage. Les chaînes de production se situent sur deux étages, cas unique, et partent du rez-de-chaussée. Les cartons de produits finis sont complètement pris en charge  par des robots autonomes. Dans une autre salle, nous découvrons les produits dits « shooters » de la dernière gamme (2-3 ans) telle que la Manzanita, la Mangoa, le Mint’s, le Limoncini et le Cranberry entre autres.

Marie Brizard produit 6 millions de bouteilles par an soit 4 à 500.000 bouteilles par mois ou 6000 bouteilles par jour. L’exportation se fait dans 110 pays. La législation et l’étiquetage sont différents selon les pays. Actuellement, le groupe réalise 92 % de son chiffre d’affaire avec ses propres marques, contre 67 % en 1993 et se situe dans les dix premières entreprises d’Aquitaine.

Une heure s’est écoulée ! La visite terminée, nous sommes raccompagnés à la sortie par notre guide jour que nous remercions pour son accueil chaleureux , son implication et sa disponibilité.

 
Bruno, Didier, Valérie


 
Possibilité de visiter la société en passant par l’Office du Tourisme de Bordeaux.
Ancien alambic
Reproduction du port de Bordeaux au 18° siècle
Salle du bouilleur de cru
Réhabilitation d’une déchèterie

A l’heure où l’avenir de la Terre commence à être pris en compte (ex. : le film d’Al Gore sur le réchauffement de la planète), il est à voir un site : l’écosite du Bourgailh à Pessac. Il se trouve sur une ancienne décharge d’ordures ménagères recouverte, formant une colline. La fermentation et la décomposition des déchets sont réutilisées pour fabriquer une nouvelle source d’énergie. Le gaz combustible qui s’en réchappent (le biogaz) est recueilli et utilisés pour chauffer la serre tropical de 4500 plantes dotée d’une chaudière spéciale. L’énergie renouvelable composée principalement de méthane et de dioxyde de carbone a un pouvoir calorifique de 4 à 5kWh/m3 et elle est collectée par l’intermédiaire de drains avant d’être utilisée. A titre indicatif, 1 m3 de méthane (CH4) est équivalent à 1 litre d’essence. Plus la décharge vieillie, moins elle produit de CH4. Actuellement, le débit de biogaz extrait est de 400 m3/h et exploitable pendant une dizaine d’année environ.

Exploitable pendant une dizaine d’année environ.

Dans le parc, des sentiers amènent à des belvédères (le plus haut est de 18 mètres) en bois imputrescibles. Ces points de vue permettent de voir le site dans son ensemble (200 ha aménagé). La colline est composée de plantes acidophiles du type bruyère. Derrière la serre tropicale se trouve un potager et, devant, des plates bandes représentent la flore de chaque pays. Les principaux partenaires de l'association sont : EDF, la CUB, la Ville de Pesssac.

Dans le temps, un espace camping et des maisons de courts séjours sont prévus par l'association existant depuis 2002. Le lieu de promenade, agréable à voir et à visiter, alterne petit bois et sentiers à découverts.
Cette initiative de reclassement des déchets doit être suivie par des centaines, voire des milliers d'autres. D'ailleurs, à l'instar des allemands – pionniers dans le domaine- ne commence-t-on pas déjà à classer les détritus dans nos poubelles aux différentes couleurs !

Valérie
L'écosite du Bourgailh
Vue du haut du belvédère - (Photo : Valérie)
Les échoppes ont été une étape importante dans le développement de Bordeaux fin XIXè et début XXè siècle.
Jusqu’au XVIIè et XVIIIè siècle, elles occupaient la façade des quais et les remparts de la ville pour abriter les activités des artisans.
La chambre (de la langue d'Oc, cambras « échoppe ») avec des commerces autour servait à loger les journaliers et le petit peuple. Les échoppes vont s’étendre de l’autre côté de l’eau après 1830, lorsque le pont de pierre sera construit.

Jusqu’en 1820, la Bastide est une zone assez tranquille avec de grandes et belles propriétés où les notables bordelais viennent se reposer. La rue de la Benauge n'était pas urbanisée à cette époque. La navigation et le commerce étaient fructueux sur la Garonne et l'industrialisation n'existaient pas encore sur la rive droite du fleuve.
La construction du pont de pierre amena l’urbanisation et les industries s’installèrent peu à peu. Avec cette extension, la ville de Bordeaux s’appropria la Bastide jusqu'aux limites de la commune de Cenon qui se développera aussi à partir de 1865.

Évolution urbaine

Avec le développement de la Bastide et de ses activités navales et industrielles, la construction de logements pour les ouvriers et employés devint nécessaire.
Quelques industriels (Cazalé, Ribo) créent des groupements d'habitation bon marché en vue de les vendre ou de les louer.
119 échoppes sont construites en société HBM (habitation bon marché) entre 1894 et 1905. Pour cela, il a été nécessaire d’assécher le sol des marais.
Dans le même temps, alors que les usines occupaient le coeur des îlots, des maisons qualifiées d'échoppes se construisirent autour, en bordure des voies, créant les rues des actuels quartiers.

Architecture de l'échoppe

Les échoppes sont construites sur des parcelles étroites. Simples, avec un couloir latéral et des pièces d'un seul côté pour les plus modestes, ou doubles avec couloir central et pièces de part et d'autre. Ces échoppes disposaient d'un rez-de-chaussée surélevé, à demi niveau, par rapport à la rue, elle-même surélevée car réalisée sur d'anciens marécages inondables. Le sous-sol semi-enterré permettait de stocker le charbon.
Les pièces à vivre donnant sur la rue sont éclairées par de belles fenêtres. Les pièces centrales aveugles, les pièces arrières, souillarde ou cuisine avec évier, et WC à fosse étanche, donnaient sur le jardin, avec souvent une véranda.
Il convient de souligner la qualité du dessin très classique de l'architecture, la finesse et l'élégance des modénatures* sculptées des façades de ces échoppes bordelaises, réalisées en belles pierres calcaires blondes, créant des ensembles de rues calmes et conviviales.
 
La porte d’entrée dispose d'un encadrement de pierres, de quelques marches. La façade peut être ornementée de feuilles d’acanthe ou de chêne, d'une imposte (petite fenêtre au-dessus des ouvertures), ou d'un mascaron (masque sculpté de fantaisie).
Ainsi l'architecture Bordelaise fonde sa renommée notamment sur ces ensembles de façades d'échoppes très appréciées.
Aujourd’hui se pose la question de la conservation du patrimoine que représentent ces échoppes. La difficulté est de les adapter aux exigences d'un habitat contemporain en évitant des travaux anarchiques dénaturant ces ensembles de quartier. Et ceci, d'autant plus que l'on passe à un habitat plus exigeant de classe bourgeoise ou moyenne. En effet la tendance est la création des portes de garage qui dénature les façades et la surélévation pour rajouter un étage ce qui perturbe la perspective et l'ensemble du quartier.

Marelle, Benoît et Marie-Noëlle

Source : Association « La mémoire de Bordeaux »
  
Les échoppes de la Bastide
Non loin de l'avenue Thiers, à l'angle de deux rues bordées d'échoppes, se trouve une place sur laquelle se dresse la maison cantonale faite de briques rouges qui avait, en 1926, une vocation polyvalente: une salle de conférences, une bibliothèque, un lavoir public et des bains douches. La façade originale de style art nouveau dans sa conception est une architecture innovante dans le quartier. Elle ouvre sur un porche en forme de cinq arabesques qui nous conduit vers un hall central et circulaire.
 
Une lumière naturelle venant de baies vitrées permet la mise en lumière de la ferronnerie des escaliers qui mènent à l'étage, des colonnes sculptées de motifs animaux et végétaux, des charpentes apparentes et des céramiques. Aujourd'hui, nous pouvons accéder à différentes salles: le prétoire de justice, la bibliothèque, la salle des fêtes (où se trouve, au-dessus de la scène, une peinture représentant le blason de Bordeaux), et une annexe de la mairie qui se situe dans un couloir latéral. La maison cantonale, dans son architecture, avec un décor épuré pour un édifice communal. La rénovation d'un tel bâtiment met en valeur le patrimoine collectif et permet au citoyen de profiter d'une oeuvre d'art.


                                                                                                                                                               Marelle, Bruno, Valérie
  
La maison cantonale de la Bastide
  
Le Grand Théâtre
Accueillis par notre guide, Mme Suire, professeur d'éducation musicale à la retraite et bénévole dans le cadre du développement musical, nous partons pour un moment d'histoire qu'elle nous transmet avec un enthousiasme communicatif.

Le Grand Théâtre, qui date de 1780, est considéré comme un des plus beaux d'Europe. C'est son architecture innovante qui lui confère ce statut.
L'ancien théâtre de Bordeaux se trouvait à l'emplacement actuel du Palais des Sports. Il fut détruit par un incendie en 1756. Il faut préciser qu'à l'époque, tous les théâtres étaient en bois à l'exemple de celui de la Place Royale (Place Gambetta, actuellement).

Le Maréchal Louis François Armand de Vignerot du Plessis, Duc de Richelieu, gouverneur de Guyenne et petit-neveu du Cardinal, décida de la construction d'un nouveau théâtre pour Bordeaux. C'était un homme puissant, notamment grâce à ses relations avec la Comtesse du Barry, favorite du Roi Louis XV.
C'est sous l'impulsion du Duc de Richelieu que furent élevées les fondations du Grand Théâtre en 1773. Après une série d'incendies de petits théâtres, la Jurade bordelaise (1)  délibéra en cette faveur. Trois mois avant le début des travaux, Richelieu imposa l'architecte parisien Victor Louis. Celui-ci sera rejeté par la jurade qui n'aura de cesse de lui mettre des bâtons dans les roues; elle lui préférait l'architecte bordelais Lhôte.
En 1774, à la mort de Louis XV, la construction fut arrêtée et le Duc de Richelieu écarté. A l'époque, Bordeaux étaient la deuxième ville la plus riche de France, après Paris, grâce au commerce du vin, des esclaves et des colonies. 400 bateaux y transitaient par jour.

Le Grand théâtre est construit sur les glacis du Château Trompette. Il est sur pilotis : il y a trois caves inférieures sous la scène. Une rivière passe dessous (comme sous la cathédrale Saint- André).

Victor Louis choisit une pierre de qualité pour la construction, une pierre tendre pour la décoration et une autre plus claire pour la lumière. La pierre utilisée est de la région (Saintes, Cambes…) : stéréotomique et phonolite. L'acoustique est exceptionnelle, quel que soit l'endroit où l'on se trouve, les micros sont inutiles. La combinaison de bois de chêne, de châtaignier et de sapin en est la raison.
La Jurade obligera Victor Louis à financer avec ses propres deniers la fin des travaux (2), bien qu'il fit une demande au Roi qui lui rétorqua : « Allez terminer votre théâtre d'une scandaleuse élégance ! ». Plus tard, Victor Louis sera considéré comme le meilleur luthier du monde.

Malgré le prix, un péristyle fut construit grâce aux restes du Temple des Piliers de Tutelle. Le Grand Théâtre pouvait accueillir 400 spectateurs, 120 musiciens, 40 danseurs et 40 chanteurs. L'éclairage au début se faisait à la bougie (450), puis à l'huile de poisson. La salle fut repeinte 24 fois à cause des dégâts occasionnés par les combustibles. Puis, vint le gaz et enfin, l'électricité. Le lustre date de 1918. Le péristyle est l'œuvre du sculpteur Berruer. Les statues (3 déesses et 9 muses) qui le dominent sont penchées l'une vers l'autre et tournées vers la ville.

Victor Louis a su écouter la société de l'époque : jamais deux colonnes identiques. Il ne fut apprécié que lorsqu'on s'aperçut de son génie. Dans l'entrée, trône sa statue en pierre de lave (pierre servant à faire des instruments de musique en Asie). Le Grand Théâtre est dédié aux arts de Bordeaux et aux muses. Le peuple entrait par une porte qui se trouvait sur le côté du théâtre et se tenait debout juste devant la scène. Au-dessus de l'escalier principal, la hauteur s'élève à 18 m. L'illusion est partout présente : faux marbre, puits de jour.... Le théâtre compte 2500 marches dont 1166 en pierre. La plupart des pierres qui composent le sol datent de 220 ans. Certaines sont marquées par un dessin personnel : c'était la seule manière de justifier son travail à l'époque, et donc d'être payé. La scène fait 25 mètres sur 28 mètres. La construction dura sept ans, de 1773 à 1780, moins six mois d'interruption, et celle des fondations, un an.

Notre guide nous emmène ensuite, au paradis qui se trouve être l'endroit où les places sont les moins chères, puis à l'attique qui est l'endroit le plus haut du théâtre.

On raconte que  Victor Louis n'aurait pas été convié à l'inauguration de son œuvre et qu'un riche armateur, pour l'humilier, fit construire un hôtel particulier plus haut que le Grand Théâtre : anecdote de l'époque...
En 1991, le Grand Théâtre est restauré à l'identique (époque Louis XV - Louis XVI) en bleu, blanc et or, couleurs de la Royauté.

Un merci, tout particulier, à Madame Suire qui a su nous transporter dans cette époque au travers de cette visite vivante et documentée. Nos prochaines visites seront imprégnées de toute l'histoire de ce magnifique édifice quotidiennement côtoyé sans le connaître.


(1) Jurade : conseil municipal de Bordeaux sous l'Ancien Régime.
(2) Les terrains vendus par celui-ci, après la construction du Grand Théâtre, formèrent l'îlot Saint-Louis où se trouve actuellement l'Hôtel de Saige (autre oeuvre de Victor Louis). Victor Louis est aussi à l'origine de la construction du château du Bouilh à Saint-André-de-Cubzac.

                                                                                                                                Didier, Valérie